Essor du tourisme LGBT dans le monde chinois

Les prochains GayGames auront lieu à Hong-Kong et une croisière Atlantis parcourra la Mer de Chine en avril prochain : et si le recul de Taïwan sur le mariage pour tous était l’arbre conservateur qui cachait la forêt d’une évolution majeure du monde chinois ?

Les pays et régions de culture chinoises – Chine continentale, Hong-Kong, Taïwan, Singapour…- sont souvent perçues comme conservatrices quant aux libertés individuelles et aux évolutions des mœurs. Il est vrai que l’idéologie maoïste d’une part, et le renouveau du confucianisme d’autre part, ancrent la personne dans un système de responsabilités et de devoirs, patriotiques et/ou familiaux, qui placent en arrière plan la satisfaction des aspirations individuelles.

Mais plusieurs décennies après l’Occident, la sécularisation des sociétés est-asiatiques – par rapport aux traditions religieuses comme par rapport aux idéologies partisanes – ouvre la voie à l’affirmation d’autres façons de vivre que celles du modèle dominant, y compris parfois dans des formes radicales, on pense par exemple aux « Hikikomori« , ces jeunes Japonais qui se coupent du monde.

C’est le cas des personnes LGBT, qui tendent à s’afficher plus ouvertement dans le monde chinois. Mais si cela est plus aisé dans des sociétés pluralistes comme le sont Taïwan et Hong-Kong, la Chine continentale agit avec l’homosexualité comme elle le fait avec toutes les formes d’expression en marge de la ligne du PCC, jouant le chaud et le froid et imposant une instabilité juridique comme policière. S’il n’est pas toujours bon d’exprimer son homosexualité, il faut noter que vivre son homosexualité dans le cadre privé n’est plus réprimé par Pékin : on est donc de ce point de vue loin des sociétés du monde arabe par exemple.

Lorsque j’ai eu à travailler l’attractivité de la région Île-de-France dans le monde chinois, j’aimais à affirmer à mes interlocuteurs qu’il fallait regarder Hong-Kong par rapport à la Chine continentale comme on regarderait Monaco par rapport à la France : un nain démographique, mais une puissance d’influence vers la « métropole » sans équivalent. Ce qui se passe à Hong-Kong fait tendance dans l’ensemble de la Chine, et c’est à cette aune qu’il faut analyser l’accueil par Hong-Kong de la prochaine édition des gay-games, après Paris, alors que l’on sait que tout ce qui se rapporte aux relations extérieures de l’ancienne colonie britannique est directement étudié et approuvé par Pékin et le PCC. Que les autorités chinoises regardent avec bienveillance l’accueil de plusieurs milliers d’athlètes LGBT par Hong-Kong est plus qu’encourageant !

De même qu’est encourageante la situation à Taïwan. Certes, le référendum sur l’ouverture au mariage pour les couples de même sexe a été perdu, mais dans un contexte de lourde défaite pour le parti au pouvoir qui portait la réforme. Un partenariat type PACS devrait être mis en place, ce qui placerait l’île parmi les sociétés les plus avancées de la région, comme en témoigne la vigueur de la gaypride annuelle de Taipei, la plus importante du continent après celle de Tel-Aviv. Notons que pour Taïwan les gay-games de Paris auront servi à s’inscrire dans les relations internationales, puisque la délégation de l’Île a pu concourir sous ses propres couleurs.

C’est donc dans ce contexte en pleine évolution que « Atlantis » propose une croisière gay en mer de Chine, de Hong-Kong à Tokyo, en passant par Shanghai et Taipei. Comme un symbole d’un nouveau territoire à explorer pour le tourisme LGBT !

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