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Dans la colonie pénitentiaire – Philip Glass – Théâtre de l’Athénée

Je vous avais narré naguère une expérience malheureuse – de mon point de vue – au Théâtre de l’Athénée, avec la représentation d’une oeuvre originale de Philip Glass, « Les Enfants terribles« , adaptation du roman de Jean Cocteau.

Les avis étaient partagés. Le Chevalier et moi étions partis décontenancés, comme une très grande partie du public, d’autres, dont Matoo, avaient adoré.

Sans nul doute que les mots clés – Philip Glass ; adaptation d’un roman du 20ème siècle ; Athénée – ont désagréablement résonné à pas mal d’oreilles car c’est dans une salle à moitié vide (et je suis généreux) que j’ai assisté, dimanche, à une représentation de « Dans la colonie pénitentiaire », opéra de chambre de Philip Glass, à partir d’une nouvelle de Franz Kafka.

L’argument : un homme est invité à assister à une exécution dans une île déserte, transformée en colonie pénitentiaire, où un ancien commandant a créé une machine à supplicier, et à tuer. L’usage veut que le condamné ne connaisse pas les raisons de sa condamnation, pas plus que le supplice qui l’attend : la rédemption est ainsi rendue impossible, vaine, ajoutant l’horreur à la souffrance. Cette nouvelle de 1914 illustre trop bien ce que nous avons connu ces dernières années, avec la colonie pénitentiaire de Guantanamo – et les prisons secrètes annexes – où des hommes innocents ont été au minimum maltraités par un système amoral. D’où la question : témoins de cette injustice, qu’avons-nous fait ? A part exprimer notre dégoût, empli de notre « culture européenne » (sic, c’est dans le livret), ne nous sommes nous pas sentis de fait non-responsables, parce que nous ne sommes pas citoyens américains, tout comme le témoin dans l’île ne s’autorise pas à porter un jugement public sur un système qui n’est pas le sien, attendant son bateau de retour à la mère patrie ?

Un siècle plus tard, donc, la nouvelle de Kafka reste d’une brûlante et odieuse actualité. Que Philip Glass s’en soit saisi pourrait paraître logique ; qu’il s’en soit saisi en 2000, avant la création de Guantanamo, empêche d’interpréter cette adaptation comme une critique directe de la politique de GW Bush.

Il n’est guère probable que cet opéra de Ph.Glass s’inscrive dans ses œuvres maîtresses : partition comme il se doit minimaliste et répétitive, mais sans relief, chants à peine mélodieux : on est loin des Qatsi, des arias divins de « Akhenaton » ou encore de « Satyagraha ».

Pourtant, la mise en scène de Richard Brunel, les décors, même très dépouillés, les ballets des chanteurs et acteurs / danseurs, tous excellents, le Quintette à corde de l’Opéra national de Lyon, subliment cette œuvre.

Au final, on sort de la salle bouleversé, tant par l’argument que par cette belle interprétation. Il serait dommage que les prochaines représentations se fassent dans une salle aussi peu remplie. N’hésitez pas à y aller, au Théâtre de l’Athénée, jusqu’au 17 avril.

Ils ont aimé : JM Ulmann ; La Boîte à Sortie ; Moustache et Mascara – il n’a pas aimé : Stéphane Capron – voir aussi le blog de Clémence de l’Athénée – photo © Jean-Louis Fernandez

Le Roi Roger – Opéra Bastille

Roi_roger Billet initialement publié le 19 juin 2009
Mes plus fidèles lecteurs savent qu’en matière de spectacle je ne recule devant aucune audace ; c’est ce qui nous aura permis, cette saison, de voir une follasse en cuir rouge harnachée comme dans un bar interlope de Berlin chercher sa Papagena au milieu d’une piscine à boules et de matelas (je la fais courte, mais guère caricaturale) ou encore une hystérique hurlant qu’elle veut des écrevisses, tout en lêchant un immense homard en plastique qui venait en écho des accrochages de Koon.
Il fallait que le saison se termine en beauté.

Cela aura été le cas, avec cette superbe représentation du « Roi Roger », Opéra de Szymanowski.
Oeuvre inconnue de nous (Mon Chevalier et moi), contemporaine (elle date des années 20) sur un livret assez nouveau, ainsi résumé sur le site d’Arte :

La voix d’un nouveau dieu se fait entendre par l’intermédiaire d’un mystérieux berger, qui apparaît devant le roi chrétien Roger. Tous le rejettent sauf la reine Roxana qui, guidée par son intuition plutôt que par sa raison, semble accorder quelque croyance au message du berger.
Après avoir essayé de le faire prisonnier, le roi finit par compter avec ce phénomène nouveau et le défi qu’il représente.

Le rideau s’ouvre. Une piscine, deux fauteuils de barbier, un cadavre de femme flotte dans la piscine, un homme est soigné pour sa folie, une femme apparaît à droite, un homme à gauche, la femme, la Reine Roxane (superbe Olga Pasichnyk) en tenue de soirée, à droite le Roi Roger (excellent Mariusz Kwiecien, qu’un boxer blanc habille…). Puis le coeur arrive, bourgeois dégoulinant de soieries et de pierreries, hurlant dans un superbe chant grégorien que l’on en finisse avec le Berger, ce faux prophète.

On fait venir le berger, Eric Cutler. Et là, comment dire, après avoir vu le Roi Roger exposant sa musculature à la Jason Statham, le Berger aux yeux de biches exposé sur grand écran, ses manières un peu interlopes et ses ongles, mains et pieds, laqués de rouge, j’ai commencé à me demander si tout cela n’était pas légèrement homoérotique.

De fait, la crise de conscience du Roi Roger, et d’une partie de sa cour, entre l’attachement à l’ordre moral, social, symbolisé par le christianisme, et les échos de la vieille religion dionysiaque, avec sa quête de plaisirs, n’est que la transcription de l’amour-haine que le Roi Roger éprouve envers le berger. Dès cet instant l’opéra ne sera que va et vient entre l’acceptation et le refoulement de son homosexualité par le Roi Roger, entrant dans le bain orgiaque pour ensuite refuser l’amour total de Dionysos.

La fin est sublime, le Roi Roger entre dans la lumière, dans un chant merveilleux, sans que l’on puisse affirmer pour autant qu’il embrasse la nouvelle religion et/ou son homosexualité.
Car pour être honnête, à part quelques indices dans le livret (où l’on apprend que le Roi Roger et la Reine Roxane n’ont pas fait l’amour ensemble depuis des années), cette interprétation n’est pas une certitude absolue. Il reste que Szymanowski était homo, et le librettiste son amant ou, pour être plus exact, selon une brochure distribuée à l’entrée de Bastille, « les deux hommes étaient unis par des liens qui dépassaient une simple amitié » (sic).

C’est la mise en scène qui éclaire, peut-être trop vivement par certains moments, cet aspect, incontestable, de l’oeuvre. Les couples qui s’ébattent en orgie sont majoritairement homo (et, pour être honnête, avec une audace absolue dans le choix des corps, certains magnifiques, d’autres dont on va magnifier l’obésité, l’âge avancé, la maigreur…), le Roi Roger vient à embrasser sur la bouche le berger…

Par certains autres aspects, l’intérêt de l’audace de la mise en scène m’aura échappé. Pourquoi ces masques de Mickey et ces jeux de plage pour Dionysos et sa suite à la fin de l’opéra, par exemple ? En revanche, nous aurons souri de la Salutation au Soleil yogique, logique si l’on entend dans le livret que le berger vient des bords du Gange.

Pour autant, la bronca organisée lancée contre le metteur en scène (Krzysztof Warlikowski) me semble totalement excessive.

L’opéra est diffusé en direct sur le web d’Arte demain samedi à 20h00, et restera en ligne deux mois. N’hésitez pas à y jeter un oeil, ce devrait être magnifique, tout comme pour cette première hier soir.

une avant-critique ici

Les Enfants Terribles – Philip Glass – L’Athénée

Enfants_terriblesBillet initialement publié le 12 février 2009
Sur les estrades parisiennes fleurissent ces derniers temps de superbes scènes d’anthologie. Après un drag-queen en fourreau de cuir rouge se roulant dans une piscine à boule sur la scène de Bastille, nous avons pu admirer, hier, avec Le Chevalier, une chanteuse hystérique lêchant des faux homards en plastique en hurlant sans respecter aucune tonalité qu’elle veut des écrevisses. Sic.
Comme je vous l’ai déjà dit à plusieurs reprises, je suis assez fan de Philip Glass, suffisamment en tous cas pour être averti par une grande surface culturelle des nouvelles ventes en billetterie. Aussi, lorsque j’ai reçu le mail m’informant de la représentation au Théâtre de l’Athénée – Louis Jouvet, de l’opéra de Philip Glass, adaptation de l’oeuvre de Jean Cocteau, Les Enfants terribles, c’est avec enthousiasme que j’ai acheté les billets, il y a quelques mois. Etant accro à la musique minimaliste et répétitive, je me préparais donc à me délecter d’un opus inconnu de moi (il faut dire qu’il compose autant que Cyril Lignac publie de livres), surtout après avoir lu une critique plus que positive dans Le Monde. Et pourtant, « Du Monde comme de Télérama, des critiques toujours tu te méfieras »…
Première minutes non surprenantes. Trois pianos dans la pénombre, une mélodie lancinante qui incite les ondes alpha à venir titiller le cerveau. Puis de la neige sur la scène, puis une bataille de boules de neige, un récitant qui clame, très bien, un très beau texte de Cocteau, puis un escogriffe qui se met à chanter, en français, qu’il aime jouer aux boules de neige. Et ces chants, c’est tout ce que je déteste, la musique contemporaine des années 20-30, où l’idée de mélodie comme de poésie était perçue comme la soumission à des règles musicales bourgeoises et désuètes. Donc, on chante de la prose sans aucune ligne mélodique, sautant d’octave en octave en un seul temps.
Et je n’accroche pas. Mon Chevalier non plus.
Et pourtant, les artistes sont techniquement bons, pianistes comme chanteurs, tout particulièrement Damien Bigourdan (Gérard), excellent en récitant. Les quelques ballets sont intéressants, bien mis en scène. Les pianos délivrent une musique lancinante – et mélodique – à souhait. L’histoire est terrible, et terriblement bien rendue. Et l’on peut se demander d’ailleurs si Jean Cocteau aurait pu présenter une telle oeuvre aujourd’hui, où se mèlent homosexualité (féminine assurément, masculine en filigrane), inceste, consommation de drogues variées…
Mais ces chants, ces chants… On aime ou on n’aime pas et, assurément, les avis étaient partagés dans la salle hier soir, une belle brochette de copines faisant une ovation avant même le rappel quand déjà nous courions vers la sortie.
En résumé, n’allez voir Les Enfants terribles mis en musique par Philip Glass que si vous a-do-rez Ute Lemper quand elle interprète les oeuvres les plus inaccessibles de Kurt Weill. Si vous n’avez pas compris un mot à ce que je viens de dire, passez votre chemin.
Un extrait ici.

Madame Butterfly – Opéra Bastille

Butterfly_wilsonArticle initialement publié le 2 février 2009
« L’Opéra, c’est une dame qui hurle sur une scène et qui meurt à la fin ». Je ne me souviens plus qui caricaturait ainsi le théâtre lyrique ; si je l’ai retenue, faute d’être toujours juste (la dame ne meurt pas toujours à la fin), cette remarque peut néanmoins décrire l’image, surannée, que l’on a de l’opéra.
Madame Butterfly, c’est une femme qui est sur scène, chante, hurle, pleure son amour pour son époux. Elle est une jeune geisha à Nagasaki à l’aube du 20ème siècle, elle s’est marié à Benjamin Franklin Pinkerton, fringant officier de la marine américaine, et attend son retour depuis 3 ans. Il revient pour lui annoncer (enfin, il est pleutre, c’est le consul US qui doit le faire) qu’il s’est vraiment marié à une américaine, et, par dessus le marché, il va embarquer leur fils, fruit de leurs quelques nuits de passion. Comme au Japon conservateur de ces années là, surtout quand on a renié sa culture et sa religion pour devenir Mme Pinkerton, « celui qui ne peut vivre dans l’honneur meurt avec honneur », tout cela finit très mal, avec un dernier cri d’amour, déchirant, de Benjamin Franklin, avant le rideau final.

C’est donc l’histoire d’une femme qui hurle et qui meure à la fin.
Et cela, la totalité des spectateurs d’une représentation de Madame Butterfly le savent avant même d’acheter leur billet.
Quelle est donc cette magie qui fit que, samedi soir, lors de la première représentation de cette saison de l’oeuvre de Puccini mise en scène par Bob Wilson, lorsque le rideau tombe, ils soient, sinon en pleurs, tous bouleversés ?
Parce qu’il y a l’oeuvre de Puccini, fluide, belle, précieuse. Il y a des airs éternels, et il suffise que j’entende « Un bel dì, vedremo » pour frissonner en temps normal. Alors, quand c’est chanté par une cantatrice talentueuse, je sanglote comme un enfant devant Cendrillon. C’était le cas samedi, superbe interprétation de l’extraordinaire Cheryl Barker, très justement ovationnée par Bastille.

Mais un bon argument, et des artistes talentueux, ne suffisent pas toujours, souvenez-vous de la danse des Fenwick dans « La Flute enchantée » à Bastille…
Il faut une mise en scène qui sublime l’oeuvre et la leçon donnée par Bob Wilson, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’un appareillage post-moderne pour y parvenir.
Butterfly / Wilson est un classique. On aime ou on n’aime pas. Déjà en 1993, L’Express était plus que négatif (et, déjà en 1993, comme cette semaine, une grève d’une certaine catégorie… avait repoussé la première de deux jours !). A Los Angeles, en 2005, la critique était aussi vive (« une imbécile et inepte non-direction d’acteur« ) même si elle reconnaît que le choix d’une mise en scène dépouillée, zen, proche du théâtre kabuki, éloigne l’oeuvre de ses habituels relents si ce n’est racistes, du moins caricaturaux.

Comme dans le théâtre kabuki, Wilson a fait le choix d’une série de postures hiératiques, série de tableaux vivants. Certes, la mise en scène ne correspond pas toujours au livret. Ainsi, Pinkerton (interprété par Massimiliano Pisapia, au physique et au jeu aussi éloignés que possible de l’image que l’on se fait d’un jeune et fringant officier américain) chante (agréablement) son bonheur de tenir dans ses bras sa jeune épouse, alors qu’ils sont tous deux face au public ; dans une autre scène, Madame Butterfly fait ses adieux à son fils, qui se trouve « à des kilomètres d’elle » comme il est dit à LA. Mais, après tout, cette déconnection est presque consubstantielle au théâtre lyrique, cela fait des lustres que l’on entonne « Marchons, Marchons ! » en restant immobile.

Peu de décors, pas d’accessoire, tout est dans le jeu des artistes, dans l’occupation de la vaste scène de Bastille. Entre le 2ème et le 3ème acte, une nuit d’attente se déroule au rythme lent. Le bateau de Pinkerton est entré au port, Madame Butterfly, son fils et sa servante Suzuki (excellente Cornelia Oncioiu) guettent sa venue, attente qui sera (presque) vaine. Wilson fait gambader le garçonnet sur la scène, en gestes posés, calmes, évanescents. C’est juste magnifique, il ne se passe rien, mais Bastille retient son souffle.

C’est donc bouleversés que, Mon Chevalier et moi, sommes sortis de Bastille, enchantés par cette magie d’une mise en scène fabuleuse. Si vous le pouvez, allez-y, dernière représentation le 4 mars.

Quelques critiques d’anciennes représentation ici, ici, ici, ici et ici ; photo © Robert Millard.

La Flûte Enchantée – Opéra Bastille

Papageni-2Critique initialement publiée le 19 décembre 2008
C’est une histoire de matelas. Et de harnais. Et de piscine à boules. Et de ballets dignes de la Star Ac’.
Une histoire de matelas donc. Gonflables. Pendant 3 heures, les matelas sont gonflés, dégonflés, accrochés, soulevés, reposés, empilés, désempilés.
Pendant le 1er acte, Pamina, Monostatos et Papageno se baignent dans une piscine à boules. Après leurs ébats, et les craintes respectives de Monostatos et Papageno (Das ist der Teufel !), la piscine explose, les boules se répandent sur la scène, ce qui fait que pendant que Tamino chante sa soif de connaissance, (O ew’ge Nacht! Wann wirst du schwinden? / Wann wird das Licht mein Auge finden ?) les matelas avancent sur le devant de la scène, et repoussent les boules dans l’orchestre avec un bruit de boules qui tombent dans un orchestre. Auparavant, la Reine de la Nuit sera apparue harnachée à un charriot élévateur, plus tard les 3 génies apparaissent de derrière les matelas accrochéEs à des bras articulés de fenwick tournant tels des palles de ventilateur.
En comparaison, le deuxième acte est presque sobre. Quand la Reine de la Nuit descendue de son charriot élévateur entonne son « Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen« , peu à peu, sa fille, harnachée, s’envole dans les airs dans une tenue achetée au Vieux Campeur. Pour rappel, sa mère lui ordonne de tuer Sarastro sous peine de la répudier, ça incite peu à la légèreté quand même (pour les incultes dont je fais partie, c’est l’air de la pub « Taureau Ailé » : voilà peut-être la logique…).
Pour compléter le tableau, Papageno est fringué d’un très seyant ensemble de cuir rouge (photo) qui ferait fureur dans certains lieux interlopes de Berlin, surtout lorsqu’il est surmonté d’une cape en hermine blanche (« Diva folasse de Cabaret » selon Ariane). Et comme on ne mettrait pas sa main à couper sur l’hétérosexualité du-dit Papageno, disons sobrement que sa recherche effrénée d’une femme manque quelque peu de crédibilité.
Le tout est mis en scène (mis en espace, pour reprendre la très belle expression de Mon Chevalier avec qui, vous vous en doutez, j’ai partagé ce moment), à la façon d’un jeu vidéo, avec des SMS ou des suites de mots projetés.
Malgré tout. Malgré tout, malgré ce putain de métro à la c.. qui nous a empêché d’assister au 1er acte de nos fauteuils en parterre (mais qui a fait apprécier la vue des corbeilles, pas mal, et la prévenance des ouvreurs, exceptionnel), malgré cette mise en scène dirons-nous baroque, malgré ce dirigeant d’une chaîne à la c.. de la TNT qui s’est levé ostensiblement avec sa rangée de présentatrices blondasses avant le 1er rappel, ce fut un très bon moment, tant l’oeuvre de WA Mozart transcende les âges et les déconstructions, tant l’orchestre était à la hauteur, et les interprètes plutôt aussi.
Ceci dit, on soupçonne fort cette oeuvre de symboliser l’initiation dans une fraternité sous le signe du triangle et du Grand Architecte. Très clairement, si comme semble le signifier le metteur en scène, on y passe ses travaux à empiler des matelas pour en faire une pyramide, ils ne sont pas prêts de me voir à leurs tenues blanches !!!

NB : ce billet peut évoluer dans les heures à venir, nous devrions si nous en avons le temps le réécrire à 4 mains avec Mon Chevalier. N’hésitez donc pas à revenir le lire !!!

La Flûte Enchantée, de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Emanuel Schikaneder, Orchestre de l’opéra
National de Paris, direction Thomas Hengelbrock, maîtrise des Hauts de Seine et chœur d’enfants de l’Opéra de Paris, conception et mise en scène de Alex Ollé et Carlos Padrissa de La Fura dels Baus, décors et costumes de Jaume Plensa, vidéo Franc Aleu, lumières Albert Faura.
Avec : Shawn Mathey, Maria Bengtsson, Russel Braun, Erika Miklosa, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, José Van Dam, Iwona Sabotka, Katija Dragojevic, Cornelia Oncioiu, Marie Virginia Savastana.

Opéra National de Paris – Bastille, les dernières représentations les 20 et 23 décembre à 19h30 -

Bonne critique ici, photo sur ce site (il y en a d’autres, cliquez !), je me reconnais assez dans cette critique-là, Ikastor a aimé quand Praline ne s’en est pas remise. Une excellente critique de Ariana.

Le Supplice d’Amélie – Laurent Boyet

Supplice-amelie Initialement publié le 24 juillet 2009
Si vous cherchez, pour vos vacances, un bon polar tourne-pages, j’en ai un à vous conseiller : « Le Supplice d’Amélie« , de Laurent Boyet.
Je vous avais conté, il y a quelques mois, mon périple pour acheter et me faire dédicacer son premier livre, « Le Rédempteur de la Têt« ,  et mes impressions, pas franchement enthousiastes, à sa lecture, rendue difficile par un correcteur qui avait bâclé son boulot, c’est le moins que l’on puisse dire.
Pour ne pas me laisser sur une telle première impression, L.Boyet m’a donc adressé son deuxième roman.
Et je crois qu’il a eu raison, tant il est largement un cran au-dessus.
Laurent Boyet est policier à Perpignan, où il situe l’intrigue de ses polars. On peut craindre que l’auteur ait ainsi du mal à s’extraire de son quotidien, ce que j’avais d’ailleurs noté précédemment. Mais s’il continue à décrire ce qu’il connaît que trop bien, à commencer par la routine policière, le style est devenu plus fluide, moins rapport de police.
La trame reste identique, le récit déroulé de plusieurs points de vue, avec en incise des extraits de journal intime. Mais, là encore, le fait qu’il n’y ait qu’un seul point de vue policier (et pour cause…) renforce l’intrigue ou, plus exactement, ne la dévoile pas en cours de récit…
Quant à l’intrigue en elle-même, elle est passionnante et bien menée. Pour résumer en deux mots : un homme est pris dans un labyrinthe de supplices, où il doit évoluer sous les ordres de son geôlier, tandis que Caroline Payet mène l’enquête sur sa disparition. Attention aux âmes sensibles : Laurent Boyet s’inscrit résolument dans ce nouveau courant du roman noir français, où l’on ne nous épargne pas des descriptions assez crues. Mais il n’atteint pas – Dieu merci – le sadisme et la cruauté qui m’avaient retourné l’estomac à la lecture d’un autre auteur.
C’est à ce type de romans, édités dans une petite maison très loin du quartier latin, que l’on mesure combien la création est riche dans notre pays, et combien ce foisonnement est précieux. Lire et faire découvrir « Le Supplice d’Amélie » n’est pas seulement un plaisir que l’on se fera cet été ; ce sera aussi une oeuvre bien plus utile que d’être le millionième acheteur du roman en pile commercialement formaté pour les plages !

Equus – Théâtre Marigny

Image_equus_gdeInitialement publié le 24 octobre 2008
Le théâtre, dans la Grèce antique, était reconnu pour avoir un rôle religieux, social, celui de la catharsis, « purgation des passions par le moyen de la représentation dramatique« .
Le spectacle vivant, comme le cinéma en salle, maintiennent dans nos sociétés cette nécessaire purgation collective. Volontairement, nous nous installons dans un lieu clos, après avoir payé sa place, nous faisons silence pendant une, deux heures, et nous nous laissons emporter par l’illusion, nous nous laissons manipulés par le récit, la mise en scène, nous laissons les artistes jouer avec nos sens, nos sentiments.
Voilà résumée la discussion que nous avions avec Mon Chevalier hier soir avant la représentation de Equus, non sans avoir ajouté que le cinéma d’auteur français avait totalement oublié ce rôle de « divertissement », ne nous donnant à voir que ce que l’on voit au quotidien dans n’importe quel café lounge du 6ème arrondissement.

Puis la lumière de la salle faiblit, des acteurs envahirent la scène, Bruno Wolkowitch (PJ) mis une blouse blanche et alluma une cigarette. La pièce commençait.
Lorsque la lumière fut finalement rallumée dans la salle, deux heures plus tard, nous étions à bout de souffle, époustouflés par le récit, la mise en scène, les décors, le jeu des acteurs. Purgés.

Le récit est inhabituel. Un jeune homme, Alan Strang, interprété par Julien Alluguette, a crevé les yeux de six chevaux, crime inadmissible en Angleterre. Il est interné en hôpital psychiatrique, dirigé par le docteur Dysart (Brunon Wolkowitch), lequel tentera de comprendre cet amour-haine pour les chevaux.

La mise en scène de Didier Long est techniquement accomplie, servie par des décors épurés et un jeu d’acteur parfois parfait (Julien Alluguette, sa mère, Christiane Cohendy, son père, Didier Flamand), parfois bien moins (Wolkowitch extrêmement décevant).

Cependant, si je me dois d’être critique sur le texte, souvent pesant, portant une psychologie de bazar, et qui plus est déclamé pesamment par Wolkowitch, je le serais moins sur la mise en scène. Matoo comme Colin Ducasse voient dans la présence de jeunes hommes, interprétant les chevaux, une faute de goût, et un côté par trop « Marais ». Certaines scènes sont de fait homoérotiques, et je ne veux pas parler de celles où le jeune Alan se trouve nu, qui sont juste belles. Mais la psychose d’Alan n’est-elle pas liée à un refoulement de son homosexualité ? Tout le porte à croire, sa première émotion charnelle quand, enfant, sur la plage, il chevauche à cru, son impuissance avec la jeune fille, son délire sur son besoin de sueur et de poils drus… Le psychiatre, en tenant de le rentrer dans le rang de la normalité ne dit pas autre chose, lui qui n’a pas embrassé sa femme depuis 6 ans et se complaît à feuilleter des livres d’art de la Grèce antique… On reste largement dans le non dit dans le texte, qui laisse possible cette interprétation-là. Que les choix de mise en scène la reflètent, que cette passion des chevaux soit montrée par Alan caressant longuement de jeunes éphèbes, n’est pas, de mon point de vue, choquant.

Un très bon moment donc, et je laisserai Mon Chevalier donner son point de vue en commentaire.

Pour finir, j’ai lu sur Wikipedia que « la notion de catharsis est à l’origine d’une méthode psychothérapeutique de traitement des états de tension dues à un refoulement : la méthode cathartique, qui consiste à faire tomber les barrières psychologiques du patient par hypnose pour réveiller les souvenirs enfouis, à l’origine de troubles, générant ainsi une décharge émotionnelle à valeur libératrice. »

C’est ainsi que Alan est soigné.

Equus – Théâtre Marigny (et avec 4 euros en plus, au bar, vous dégustez un verre de vin en contemplant la circulation sur les Champs Elysées et le Palais présidentiel, en costard, vos mocassin écrasant légèrement les tapis nettoyés de neuf. Des petits plaisirs qui ne se refusent pas !)

PS : la crise se fait très lourdement sentir. Un tiers seulement des sièges occupés hier soir jeudi, le Théâtre-Marigny pourtant casse ses prix de 30%, à un tel point que j’ai payé plus cher avec ma carte FNAC que si j’avais acheté directement au guichet… Il est vrai que l’on ne sait pas de quoi demain sera fait. Alors si vous avez 15, 20 euros à dépenser, courez au théâtre, dans six mois, on ne pourra peut-être plus le faire ! Carpe diem !

Fiammetta Venner – Chronique de l’intégrisme ordinaire

Critique initialement publiée le 16 juillet 2009 dans le cadre de Babélio – Masse critique

J’ai dans mes FB friends Caroline Fourest, dont j’essaie de lire ses chroniques – en particulier celle dans Le Monde – ou d’écouter ses interventions. J’aime beaucoup le positionnement de cette femme qui, après avoir longuement analysé le Front national, s’est rendue compte que la démocratie libérale se trompait de combat. Les risques de basculement d’une plus que théorique liberté individuelle en Occident d’être et de vivre vers une limitation de ce droit de vivre dignement et paisiblement pour toutes et tous ne se trouvaient pas dans un extrémisme de droite somme toute guère dangereux, mais bien dans la coalition mondiale des obscurantismes.

Elle donne en exemple « Durban I », conférence de l’ONU contre le racisme, qui donna lieu à un débordement outrancier de ces obscurantismes alliés contre ce qu’ils considèrent comme le mal absolu, le juif le sionisme, ou encore lors du Forum social européen de Saint-Denis, qu’elle représente littéralement manipulé par des groupes qui visent, sur la base d’un discours néo-tiersmondiste, à agglomérer extrême gauche européenne et islamisme mondial.
Dans chacun de ses travaux de recherche, Caroline Fourest s’est associée à Fiammetta Venner, avec qui elle reçu plusieurs prix pour leurs ouvrages.

Bref, lorsque j’ai ouvert le livre de cette dernière, Chronique de l’intégrisme ordinaire, je m’avançais en terrain connu.

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La Nuit de l’Iguane – MC93

IguaneBillet initialement publié le 11 mars 2009
Il fut un temps où les élus s’en foutaient plein les fouilles. Ce temps-là est fini. Il fut un temps, où dans un élan de transparence, et après moult scandales à répétition, les élus se sont dit, et si on légalisait tout ça, les dons occultes aux entreprises ? Alors, les dons sont devenus légaux et publics, ce qui a fait que tout le monde pouvait voir, en ouvrant le Journal Officiel, que le BTP arrosait tous les partis, mais vraiment tous les partis, du PCF au RPR en passant par l’UDF et le PS, mais pas Les Verts. Après, ils se sont dit que ça ne faisait pas propre, alors très intelligemment ils ont décidé d’interdire les dons des entreprises et de limiter les dépenses des campagnes électorales.

Il fut donc un temps où les élus décidaient de construire tout et n’importe quoi, pourvu que ça donne du boulot au BTP qui donnait du fric aux caisses des élus.
Comme, par exemple, de construire une superbe « Maison de la Culture » du 93, la MC93.
J’y suis rentré pour la première fois hier soir, pour aller voir « La Nuit de l’Iguane » avec Môman.

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La Vème République pour les Nuls – First Editions

5eme republiqueBillet initialement publié le 12 juillet 2008
Voilà que je commence une carrière de critique officielle…
En effet, sur les conseils de l’ami Philippe, je me suis inscrit sur le site Babelio / Masse critique. Le principe ? Vous sélectionnez quelques titres, vous en recevez un ou deux chez vous, et vous vous engagez à en faire la critique.
C’est ainsi que j’ai reçu, et lu, « la Vème République pour les Nuls » de First Editions.
Autant le dire tout de suite, ce bouquin est une mine d’informations et d’anecdotes.
On peut se demander, à l’heure du net et de Wikipedia, quel peut être l’avenir de ce type de livres, qui ne font au final qu’imprimer ce que vous pouvez lire par ailleurs sur le réseau. Qui aujourd’hui achète encore l’Encyclopédie Universalis, si ce n’est pour décorer sa bibliothèque ? Le Quid, qui a très très longtemps été ma lecture de chevet, et qui fait que je suis assez calé sur la superficie comparée des pays de la planète, et de leurs drapeaux – sauf les républiques issues de l’ex-URSS je dois avouer…- a d’ailleurs dû arrêter sa diffusion papier : qui allait encore bouger ses fesses au milieu d’une soirée familiale animée pour aller chercher dans la bibliothèque l’âge de Catherine Deneuve (mais je te dis qu’elle est née la même année que la tante Charlotte, enfin !) quand on peut le demander à Wikipedia version IPhone ?
Comment prendre le risque de publier de tels bouquins donc ?
Tout simplement en étant à la fois une mine d’infos, vérifiées, tout en les remplaçant dans leur contexte historique. C’est à cette entreprise audacieuse que se sont attelés deux auteurs, Nicolas Charbonneau (qui présente la tranche info de la nuit sur I-Télé) et Laurent Guimier.
Ce livre n’est pas fait pour être lu comme un roman, de façon linéaire, mais, tel le Quid en son temps, telle une encyclopédie, pour y piocher de temps à autre une info, un article, une explication, sur l’histoire, très riche, de la Vème République. « Bonnet blanc et blanc bonnet » ? Réponse page 119. Les Français interdits de séjour à l’étranger en 1983 ? C’est page 217. Et qui se souvient qu’avant le 21 avril 2002, il y avait eu cet autre symbole d’une gauche à terre, le 1er mai 1993 ? Page 286 pour les souvenirs…
Au travers des anecdotes, des élections, des coalitions incertaines, telle l’Union de la gauche avant 1978, des sempiternelles divisions de la droite, de la montée du FN, de l’écroulement du PCF, c’est le portrait d’une évolution et de la modernisation d’un pays, à une vitesse vertigineuse, que peint ce livre. La contraception, l’IVG, le divorce, l’abolition de la peine de mort, l’euro, le PACS, mais aussi le métissage de la société… autant d’étapes qui ont totalement transformé ce vieux pays divisé en deux camps, l’un symbolisé par le contrôle du PCF sur le monde ouvrier, l’autre par le poids de l’Eglise catholique, en une société ouverte, de plus en plus libérale, au sens « delanoien » du terme : c’est ce qu’illustre la 5ème partie de ce livre, « cinquante ans de révolutions » :

imaginez une homme, sorte d’Hibernatus endormi au début des années 60 (…) il se souviendrait avoir quitté un pays plutôt conservateur, une société dans laquelle la place de la femme est encore réduite à sa portion congrue, où les minorités sont invisibles et la famille une valeur sûre. Une France catholique et « blanche » (…). Notre Hibernatus aujourd’hui découvrirait une France métissée, qui fait sans cesse référence à l’évolution des moeurs héritée de mai 68, dans laquelle l’Islam est devenue la deuxième religion et la parité un modèle en politique. Un pays dont le président de la République est divorcé, le maire de Paris homosexuel et le garde des Sceaux une femme, jeune, issue de l’immigration ! »

Ajoutez à cette mine d’infos et d’anecdotes un DVD empli d’archives de l’INA, et vous aurez votre passeport pour une ballade très agréable, et enrichissante, dans les arcanes de l’histoire de la Vème République.
First Editions – 496 pages + DVD – 24€90

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